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  • Benoit Viot Delforge

Méditer n'est pas Apprendre à Respirer

D'après Fabrice Midal


I. Le bonheur de respirer

Méditer implique de porter une certaine attention à sa respiration. C’est sans doute, un des aspects les plus connus de la pratique. Je voudrais ici m’en étonner. Car en effet, si l’on y pense un instant, c’est très étrange. La méditation est une manière de faire la paix avec soi, de vivre une existence plus heureuse, de s’ouvrir à une dimension souvent oubliée, abandonnée de nos existences… En quoi tout cela a t-il à voir avec quelque chose d’aussi banal que notre respiration ? La respiration nous aide à entrer en rapport à notre existence, à nous accorder à elle, à la laisser œuvrer en nous. Et par là, elle est, en effet, un aspect décisif de la méditation. Cela nous déconcerte et à juste titre. Car nous pensons que se relier à notre respiration est une sorte d’effort, voire de technique. Il faudrait apprendre à mieux respirer, plus amplement, avec le ventre, etc… Or cela n’est pas là, l’essentiel. L’important est de se mettre au diapason du fait qu’en tant qu’être humain, naturellement, nous respirons. Nous sommes là dans une toute autre approche. Respirer est un acte très concret, corporel, tangible, et c’est de cela dont nous avons grandement besoin aujourd’hui. En portant attention à la respiration, on découvre que cette respiration nous invite et nous porte à être davantage ancré sur terre, ici et maintenant. Par cette manière d’être un avec sa respiration, nos vies gagnent en consistance. Pour bien entendre ce point, il faut clarifier une grande mécompréhension. Aujourd’hui, dès qu’on parle de respiration, on la réduit à un aspect technique.



Pour aller plus loin, dans la compréhension et l'intégration de la place de la respiration au coeur de la méditation, voici 3 exercices que je vous invite à intégrer à votre pratique.

II. 3 exercices de pratique

Attention unifiée Prenez quelques minutes pour vous asseoir, sur une chaise ou un coussin. Sentez que vous respirez. Vous n’avez rien à faire pour respirer. Simplement parce que vous êtes vivant, vous respirez. Quand vous inspirez, vous inspirez. Quand vous expirez, vous expirez. La méditation, même si elle s’est laïcisée en Occident, vient de la tradition bouddhique. Il existe de nombreux textes du Bouddha où il dit simplement ceci : « En inspirant, je sais que j’inspire. En expirant, je sais que j’expire. » C’est cela la pratique. Le Bouddha ne parle pas du salut, de la grâce, du péché, de Dieu mais il dit simplement cela. Le point qui est important dans cette instruction est de se synchroniser à ce qui est. On prend quelque chose de tout à fait simple, la respiration, pour se synchroniser avec la réalité. Autrement dit, la respiration est ici le symbole du monde tout entier. En respirant pleinement, on ne fait pas un exercice physique, on s’ouvre à la réalité. Vous vous identifiez simplement à l’inspiration comme inspiration et à l’expiration comme expiration. C’est simple comme un jeu d’enfant et pourtant, le résultat est fantastique. Vous inspirez et vous expirez. Vous êtes juste présent à ce qui vous arrive, attentif à ce qui se passe. On est un peu déconcerté parce qu’on a peu l’habitude de faire l’expérience directe des choses. On a plutôt l’habitude de penser les choses. Or là, il ne s’agit pas de penser la respiration, mais de la sentir. Ne vous observez pas respirer, respirez simplement. Ne vous regardez pas respirer, respirez simplement. Ne prenez pas conscience de votre respiration, respirez simplement. Vous sentez comment la respiration meut votre corps. Qu’est-ce qu’il se passe quand vous inspirez ? Qu’est-ce qu’il se passe quand vous expirez ? Grâce à cet exercice on remarque que la pratique consiste à faire attention à sa respiration de manière à être unifié avec elle. Quand j’inspire, je sens que j’inspire. Quand j’expire, je sens que j’expire. L’attention est unifiée. Attention plus précise Dans ce deuxième exercice, nous allons essayer de porter attention de manière plus précise encore à notre respiration. Asseyez-vous. Vos mains sont posées sur vos cuisses. Vous sentez votre verticalité et vous portez attention à votre respiration. Peut être vous dites-vous : « Quand même c’est assez ennuyeux de porter attention à sa respiration, c’est mieux de regarder une série à la télévision, il se passe plus de choses. » En réalité, si on est vraiment attentif la respiration, ce n’est pas du tout aussi ennuyeux qu’on pourrait le croire. Vous pouvez commencer par essayer de sentir comment se manifeste dans votre corps l’inspiration. Quelles sont les parties de votre corps qui sont mues par l’inspiration ? Comment se passe l’expiration ? Est-ce que l’inspiration fait entrer l’air dans vos poumons, dans votre ventre, dans votre dos ? Je ne vous demande pas du tout de changer votre manière de respirer mais uniquement de porter une attention très précise à la manière dont vous respirez. Est-ce que vous avez tendance à inspirer par le nez ou par la bouche ? Ou par les deux ? Est-ce que quand vous inspirez et expirez vous arrivez à sentir la différence de température de l’air quand vous inspirez et quand vous expirez ? Ou est-ce que c’est la même température ? Pendant quelques minutes, vous pouvez sentir comment la respiration meut votre propre corps. Il est très important de ne pas vous juger, de ne pas penser qu’il y a quelque chose que vous devriez réussir. Quand vous voyez que vous êtes partis dans vos pensées, vous revenez à votre respiration en essayant de vraiment sentir ce qui se passe pendant que vous êtes en train d’inspirer et pendant que vous expirez. Une autre manière de porter une attention précise à votre respiration est d’essayer de remarquer le début, le déroulement et la fin de votre inspiration. Et puis il y a l’expiration avec son début, son déroulement et sa fin. A la fin de l’expiration, il y a une petite pause et vous inspirez à nouveau. Et puis vous pouvez sentir qu’il y a plein d’émotions très subtiles liées à la respiration. Vous inspirez, il y a une sorte de pression qui a lieu. Quand vous expirez, il y a un sens de soulagement. A la fin de l’expiration, il y a un léger sentiment d’inconfort, de panique très léger. Et puis il y a un soulagement de l’air qui entre. Vous pouvez sentir tous ce mouvement du début, du déroulement et de la fin de la respiration et toutes les émotions qui y sont liées. Voilà un autre regard sur ce qu’est la méditation. Attention symbolique… Voici une troisième approche de la respiration. Prenez le temps de vous asseoir. Vous êtes assis au centre de votre coussin ou au devant de votre chaise. Vos mains sont posées sur vos cuisses. Vous sentez votre verticalité. Et vous portez attention à votre respiration. Vous respirez. Je vous invite à vraiment ne rien faire de particulier. Vous respirez et la respiration a lieu absolument toute seule. Ce n’est pas vous qui avez à respirer. La respiration se fait d’elle-même. Elle va et revient comme les vagues de l’océan. Ou si vous préférez comme le vent. Vous êtes assis et le vent vous traverse. Vous n’avez pas besoin de contrôler le vent. Vous pouvez le laisser être. Comme vous pouvez laisser les vagues de l’océan être ce qu’elles sont. Vous ne faites rien de spécial mais simplement en vous synchronisant avec les vagues de votre respiration ou avec le vent de votre respiration, toute la vie en vous se maintient. Toutes vos fonctions vitales, tous vos organes sont ressourcés par la respiration. Votre corps prend l’oxygène dont il a besoin et rejette tout ce dont il n’a pas besoin. Tout se fait de manière harmonieuse et heureuse. Vous n’avez rien à faire de particulier. Quelque chose se fait tout seul et cela vous garde et vous porte. Vous laissez la respiration devenir comme des vagues amples qui vous rassérènent simplement. Ces vagues sont peut être tout à fait simples et douces, peut être plus grandes, peut être encore tout autrement. Vous sentez comment elles animent tout votre corps. Et vous pouvez simplement faire confiance dans ce mouvement tellement vivant et ample de la respiration. Ces quelques exercices permettent de découvrir ce qu’est l’attention et comment le fait de porter attention à la respiration nous rend présent.  


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 Vous le voyez : méditer, à l’inverse de ce qu’on explique partout, n’est pas un travail d’introspection. Méditer n’est pas se regarder le nombril mais s’ouvrir au chant du monde.

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